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Déconstruction mimétique - Philippe Lacoue-Labarthe

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“Déconstruction mimétique” est le syntagme d’une grande hésitation. Cette hésitation, énorme, si l’on veut, est décidée, jusqu’au-boutiste même – Lacoue-Labarthe n’hésitant pas à penser, avec Hölderlin, l’infidélité comme étant aussi le comble de la fidélité. Mais jusqu’au bout de quoi faut-il aller ? À quoi faut-il encore être fidèle ? “Il faudrait soutenir jusqu’au bout la thèse philosophique elle-même, selon laquelle – toujours – il faut la vérité”. Lire la suite...


Le théâtre du monde

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Sur la scène du monde, s’y faisant spectateur, le sujet se retire au calme, chez soi, au beau milieu des livres. Il trouve refuge dans la littérature, son jardin. – Comme j’approchais de la ville, je m’arrêtai, me récitant ces vers d’Homère : pourquoi, malheureux, abandonnas-tu la lumière du soleil ? Ici, la foule se gave par tous les pores : par les yeux, les oreilles et le nez, par la bouche et par le sexe. Nulle part où l’on ne parade, séduise, marchande, vende et se vende. N’aimez ni le monde ni ce qui est dans le monde, car tout ce qui est dans le monde – convoitise des yeux, de la chair, orgueil de la richesse – passe avec le marché bruyant où le spectacle étale les pseudo-biens à convoiter, ses nouveaux fétiches à la mode. Le bon goût condamne son mauvais goût, comme la moralité son immoralité : ses intrigues ne nouent pas le plus beau des drames. Lire la suite...


Domologie

La domus du Gaffiot - Logo du colloque Domologie

Étrangement, s’agissant là de l’idéal de l’habitation, la domus du Gaffiot illustré de 1934 n’éveille pas ce que Barthes désire dans un paysage (les photographies de paysages doivent être habitables), elle n’éveille pas ce sentiment disons sweet ou proche, qui fait tout simplement que là j’ai envie de vivre, que j’ai envie de vivre là-bas. Le pays que désire habiter Barthes est bien connu : c’est un souvenir d’enfance, qui a une fois déjà hanté chacun, c’est le doux foyer qui habite l’idylle domestique dépeinte par le Sanders, Lyotard ou Bourdieu. Une maison familière, préservée par l’intimité d’une clôture et gardée par un chien qui aboie contre qui n’est pas de la maison, flanquée d’un grand arbre (saule, marronnier, tilleul, une touffe de pins). Rosiers, hirondelles et colombages, un martinet ivre de tournoyer dans le crépuscule des toits, la hulotte. Lire la suite...


Odysseus

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L’Odyssée raconte le retour, le périple qui se boucle au palais domestique où Pénélope ourdit la ruse de son attente, jusqu’à ce qu’Ulysse vienne la conduire à nouveau vers le lit jadis sorti de ses mains. Une quête est achevée, le lit creusé dans l’olivier répète son rôle de souche. Le retour d’Ulysse – du même Ulysse et au même lieu, dans son chez soi définitif – est précisément ce que met en question toute notre fantasmatique du retour, du périple et de la dérive. Le début de notre Histoire, c’est le départ d’Ulysse, et l’installation dans son palais de la rivalité. Autour de Pénélope qui refait sans jamais l’achever le tissu de l’intimité, les prétendants installent la scène sociale, guerrière et politique – la pure extériorité. Mais il faut soupçonner la conscience rétrospective de la perte de la communauté et de son identité : depuis ses débuts et à chaque moment de son histoire, l’Occident s’est déjà livré à la nostalgie d’une communauté plus archaïque et disparue, à la déploration d’une familiarité, d’une fraternité, d’une convivialité perdues. Lire la suite...


Le contemporain

Bosch - Logo du colloque Le contemporain

Le Postmoderne, écrit Nancy, est déjà clos, ou peut-être n'a-t-il jamais eu lieu : il n'aura formé que l'éclat bref et inversé d'un autre événement. Autre événement, ayant de tout temps lieu ici et maintenant, qui toujours se passe et ne disparaît jamais, qui va avec le temps, avec le monde, dans l’espace à présent partagé d’un tempo qui jamais n'a eu ni n’aura lieu alibi & in illo tempore, et qui – se faisant si communément, si quotidiennement jour aujourd'hui (sans perte ni salut lointains) – ne fait en vérité aucun événement ni aucune époque : le Contemporain. Lire la suite...


Schiller

Masque mortuaire de Schiller - Logo du colloque Schiller

Gœthe écrit “Les tercets” les 25-26 septembre 1826, dans la circonstance de l’identification pour le moins tardive (21 ans après la mort), au regard des portraits et du masque mortuaire, du crâne et des ossements de Schiller, parmi vingt-trois autres restes également conservés Im ernsten Beinhaus “Dans l’ossuaire sérieux” de Weimar, entre-temps désaffecté, où étaient déposés les notables sans concession héréditaire. – L’“urne secrète” y désigne par métaphore le caput mortuum, le crâne vide de Schiller : toi que je me sais digne de tenir en main, te détournant pieusement de la pourriture, trésor suprême… De la circonstance de cette identification, Gœthe fait une scène, quelque portrait digne de lui en Hamlet, tenant en main le vase vide d’esprit qui recèle l’absence de son ami. C’est un vase funéraire pourtant, gros du pleur cinéraire que l’ami mort laisse à jamais. Vanité, Gœthe, en quatre vers à peine : Mais pour moi l’adepte le caractère était inscrit, qui ne révélait pas à chacun le sens sacré, quand entre une telle masse fossile, j’aperçus une inestimable figure souveraine. Lire la suite...


L'idée européenne

Logo du colloque L'idée européenne

Nous voulons totalement embrasser du regard les révolutions de la terre que nous habitons, et celles du genre humain auquel nous appartenons, pour connaître l’état actuel des deux à partir des fondements. Nous voulons suivre l’histoire de l’humanité à la trace, à l’est et à l’ouest, et de part et d’autre de l’équateur, suivre pas à pas tous les chemins de sa naissance, de son ennoblissement et de sa déchéance, de pays en pays, de peuple en peuple, d’âge en âge, suivant leurs causes et leurs effets ; et dans un tel projet, nous voulons penser dans leur connexion les grands événements du monde. En un mot : Nous voulons étudier l’ histoire universelle. Chaque peuple de notre partie du monde a son histoire spéciale ; la somme de toutes, ordonnée dans un système, donne une histoire européenne universelle qui résout les questions de la curiosité philosophique : Comment l’Europe est-elle venue, par quoi est-elle parvenue à un si haut degré de culture, comment la plus petite des parties du monde s’est-elle ainsi envolée au-dessus des autres par l’Aufklärung, les mœurs et la puissance ? Lire la suite...


La garde

Cave canem - Logo du colloque La garde

Tu sais sans doute que pour les chiens de bonne race, c’est là le caractère qu’ils possèdent naturellement : pour les gens de la maison et pour les connaissances, ils sont aussi doux que possible, alors que pour les inconnus, c’est tout le contraire. (Platon, La République)

De toutes parts, les poètes sont les gardiens de la nature. Là où ils ne peuvent plus l’être tout à fait, ils se produiront en tant que témoins et en tant que vengeurs de la nature. (Schiller, Poésie naïve et sentimentale) Lire la suite...


Le genre

Adam et Eve - Logo du colloque Le genre

 

 

 

 

 


Grâce et légèreté

Ephebe a l'epine - Logo du colloque Grace et legerete

Je me baignais, lui racontai-je, il y a environ trois ans, avec un jeune homme, dont l’anatomie était empreinte d’une grâce prodigieuse. Il devait être dans sa seizième année, et l’on pouvait à peine déceler chez lui les premiers signes de vanité provoqués par les faveurs des femmes. Le hasard voulait que nous ayons vu à Paris, peu de temps auparavant, cet éphèbe qui s’enlève une épine du pied ; le moulage de cette statue est connu et se trouve dans la plupart des collections allemandes. Le regard qu’il jeta dans un grand miroir à l’instant où, pour l’essuyer, il posait le pied sur un tabouret, le lui rappela ; il sourit et me dit quelle découverte il venait de faire. À vrai dire, je venais moi aussi de la faire dans le même instant ; mais, était-ce pour mettre à l’épreuve la grâce qui l’habitait, ou aller à l’encontre de sa vanité et l’en guérir un peu : je ris et rétorquai qu’il devait avoir des visions ! Il rougit et leva une deuxième fois le pied pour me le prouver – mais, comme on aurait pu le prévoir facilement, sa tentative échoua. Déconcerté, il leva le pied une troisième et une quatrième fois, et il le leva bien dix fois encore : en pure perte ! Il était hors d’état de reproduire ce mouvement – que dis-je ? Les mouvements qu’il faisait étaient si comiques que j’eus de la peine à retenir mon rire. Lire la suite...


 

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